Article par Katya Peri – Université McGill
Le cancer de la peau est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué au Canada, et les cas de mélanome – sa forme la plus mortelle – augmentent à un rythme alarmant. Environ 10 800 Canadiens ont reçu un diagnostic de mélanome en 2025, et chaque jour, de trois à quatre Canadiens en meurent.¹ La majorité de ces cas pourraient être évités : l’Organisation mondiale de la santé estime que 85 % des cas de mélanome chez les adultes canadiens sont directement imputables à l’exposition aux rayons ultraviolets (UV).² À mesure que la sensibilisation s’accroît, l’éventail des outils de protection disponibles s’élargit également, et l’une des innovations les plus intéressantes est l’essor rapide des vêtements dotés d’un indice FPS ou UPF.
Cet article examine la façon dont les vêtements anti-UV fonctionnent, ce que la science dit de leur efficacité, et comment ils s’intègrent dans une stratégie globale de prévention du mélanome pour les Canadiens de tous âges et de tous types de peau.
Comprendre l’UPF : le facteur de protection solaire des vêtements
Quand on pense à la protection solaire, la crème solaire est généralement la première mesure qui vient à l’esprit (en savoir plus sur la crème solaire). Toutefois, les vêtements ont toujours offert une certaine protection – et les vêtements spécialement conçus pour protéger contre les rayons UV représentent aujourd’hui l’une des méthodes les plus efficaces de photoprotection.
La capacité d’un tissu à bloquer les rayons UV est mesurée par son facteur de protection contre les rayons ultraviolets, ou UPF. Tout comme le FPS (facteur de protection solaire) indique la durée pendant laquelle un écran solaire protège la peau contre les coups de soleil, l’UPF indique la quantité de rayons UV (UVA et UVB) qu’un tissu bloque avant qu’ils n’atteignent la peau. Un vêtement avec un indice UPF 50 ne laisse passer qu’un cinquantième (environ 2 %) des rayons UV.⁸ Il est important de noter que l’UPF mesure à la fois les rayons UVA et UVB, tandis que les crèmes solaires indiquant un indice FPS, à moins d’être explicitement étiquetées « à large spectre », ne prennent en compte que les rayons UVB, qui sont les principaux responsables des coups de soleil. Les rayons UVA, qui pénètrent plus profondément dans la peau et contribuent au vieillissement prématuré de la peau et au cancer, sont également bloqués par des tissus de qualité dotés d’un indice UPF.⁸
La Skin Cancer Foundation classe les tissus comme suit : UPF 15 à 24 (bonne protection), UPF 25 à 39 (très bonne protection) et UPF 40 à 50+ (excellente protection). Un indice UPF de 50 est requis pour obtenir le sceau de recommandation de la Fondation.⁸
Quels sont les facteurs qui déterminent l’indice UPF d’un tissu?
Tous les vêtements ne se valent pas. On croit souvent à tort que le simple fait de porter un chandail offre une protection suffisante contre les rayons UV. En réalité, un t-shirt blanc en coton ordinaire offre un indice UPF moyen d’à peine 5, ce qui signifie que 20 % des rayons UV atteignent tout de même la peau.² Un chandail mince, mouillé ou de couleur claire offre encore moins de protection.⁸
Plusieurs facteurs influent sur l’efficacité réelle de la protection offerte par un vêtement :
- Densité du tissage : les tissus à mailles serrées laissent moins passer les rayons UV. Pour effectuer un test simple, tenez votre vêtement face à la lumière : si vous pouvez voir à travers, les rayons UV peuvent aussi passer.
- Couleur : les couleurs foncées et vives absorbent les rayons UV plutôt que de les laisser passer. Le coton non blanchi contient des lignines naturelles qui agissent comme des absorbeurs de rayons UV.
- Composition du tissu : les polyesters brillants et les soies légères peuvent offrir une excellente protection, car ils réfléchissent les rayons UV. Les tissus de haute technologie peuvent être traités avec des additifs chimiques ou des colorants absorbant les rayons UV.
- Coupe et extensibilité : les vêtements trop ajustés ou étirés peuvent écarter les fibres, réduisant ainsi leur niveau de protection. Les vêtements amples offrent une meilleure protection. De même, un tissu humide perd une partie de ses propriétés protectrices.
- Zone couverte : plus un vêtement couvre une grande partie de la peau, plus la protection globale est élevée. Les chandails à manches longues, les chapeaux à larges bords et les pantalons longs réduisent considérablement l’exposition cumulative aux rayons UV par rapport aux vêtements à manches courtes ou aux tenues légères.
Une découverte majeure : les vêtements à indice UPF préviennent l’apparition de grains de beauté chez les enfants.
L’une des preuves les plus convaincantes de l’intérêt clinique des vêtements de protection contre les UV provient sans doute d’un essai contrôlé randomisé mené dans 25 garderies du nord du Queensland, en Australie, une région où l’exposition aux UV figure parmi les plus élevées au monde. Cette étude phare, publiée dans une revue de dermatologie évaluée par les pairs, a révélé que les enfants qui portaient régulièrement des vêtements à indice UPF 30 à 50+, couvrant au moins la moitié de la surface de leur corps pendant 3,5 ans, ont développé près du quart de moins de nævus mélanocytaires (grains de beauté pigmentés) que les enfants du groupe témoin.¹⁰
Cette découverte revêt une importance capitale pour la santé publique. Le nombre de grains de beauté pigmentés constitue le principal facteur de risque individuel de mélanome. Prévenir l’apparition de grains de beauté pendant la petite enfance – une période d’exposition au soleil particulièrement critique – peut réduire le risque de mélanome au cours de la vie. Les auteurs de l’étude ont souligné que ces résultats avaient été obtenus alors même que la sensibilisation aux risques liés au soleil était déjà élevée et que le port de chapeaux et l’utilisation de crème solaire étaient largement répandus, ce qui rendait plus difficile la mise en évidence d’un effet protecteur statistiquement significatif.¹⁰
Les auteurs ont invité les professionnels de la santé à insister sur l’importance de la couverture vestimentaire dans leurs recommandations en matière de protection solaire pour les enfants, et ont recommandé que les normes relatives aux vêtements prévoient des exigences à cet égard, au-delà de la seule indication de l’indice UPF du tissu sur l’étiquette.¹⁰
Les vêtements à indice UPF dans le contexte canadien
Les Canadiens sous-estiment souvent les risques liés aux rayons UV en raison des températures plus fraîches et d’une perception culturelle selon laquelle les dommages causés par le soleil sont associés aux climats tropicaux. Toutefois, les rayons UV peuvent traverser les nuages et atteindre des niveaux nocifs, même lors des journées nuageuses en été. Les données de Statistique Canada confirment que le risque de mélanome est lié à l’exposition aux rayons UV pendant l’été dans l’ensemble du pays. Les habitants de Calgary, par exemple, sont exposés à un risque de mélanome supérieur de 38 % à celui des habitants d’Edmonton, en raison des différences de niveaux d’UV liées à l’altitude et à la latitude.⁶ La neige fraîche réfléchit jusqu’à 88 % des rayons UV, ce qui multiplie presque par deux l’exposition des skieurs, des planchistes et des autres amateurs d’activités hivernales en plein air.¹¹
La popularité croissante des activités de plein air au Canada – qu’il s’agisse de randonnée, de cyclisme, de jardinage ou de sports nautiques –, entraîne des périodes prolongées d’exposition aux rayons UV que même les personnes qui appliquent scrupuleusement de la crème solaire peuvent avoir du mal à gérer efficacement. Les vêtements avec un indice de protection solaire offrent une protection passive et fiable lors de ces activités, ce qui s’avère particulièrement utile lorsque l’on ne peut pas réappliquer de crème solaire ou que l’on oublie de le faire. Les personnes qui travaillent à l’extérieur, pour qui l’exposition aux rayons UV au cours de leur vie est 2,5 à 3,5 fois supérieure à celle des personnes travaillant à l’intérieur, constituent une population pour laquelle le port de vêtements de travail à indice UPF pourrait réduire considérablement le risque de cancer de la peau lié au travail.⁹
Conseils pratiques : choisir et utiliser des vêtements à indice UPF
Au moment de choisir et d’utiliser des vêtements de protection solaire, tenez compte des principes suivants, fondés sur des données probantes :
- Vérifiez l’indice UPF : privilégiez des vêtements ayant un indice UPF de 30 ou plus. Un indice UPF de 50+ est considéré comme offrant une excellente protection par la Skin Cancer Foundation.⁸
- Privilégiez les vêtements couvrants : les manches longues, les encolures hautes et les pantalons longs offrent une meilleure protection que les vêtements courts ou décolletés. La surface du corps couverte par les vêtements est un facteur important.¹⁰
- Optez pour une protection à large spectre : les tissus de qualité avec indice UPF protègent à la fois contre les rayons UVA et UVB. Recherchez des tissus spécialement conçus à cet effet plutôt que d’utiliser des vêtements ordinaires.⁸
- Tenez compte de l’usure : certains traitements UPF peuvent s’atténuer avec le temps ou les lavages répétés. Vérifiez les étiquettes pour connaître leur indice de résistance au lavage. Certains vêtements sont conçus pour conserver leur protection jusqu’à 500 lavages.¹²
- N’oubliez pas de porter un chapeau et d’appliquer de la crème solaire : les vêtements à indice UPF sont plus efficaces lorsqu’ils s’inscrivent dans une approche de protection en couches. Un chapeau à large bord (d’au moins 7,5 cm) protège le visage, le cuir chevelu, le cou et les oreilles. Appliquez de la crème solaire à large spectre avec un FPS d’au moins 30 sur toutes les surfaces de peau exposées, et renouvelez l’application toutes les deux heures.⁸
- Commencez dès le plus jeune âge : des études menées en Australie suggèrent que le port régulier de vêtements à indice UPF pendant la petite enfance pourrait réduire de façon significative le risque de mélanome au cours de la vie en prévenant l’apparition de grains de beauté durant des périodes clés du développement.¹⁰
Démystifier certaines idées reçues
« Tous les vêtements me protègent du soleil. »
Faux. Un t-shirt en coton ordinaire offre un indice UPF de seulement 5, ce qui signifie que 20 % des rayons UV atteignent tout de même la peau. Les vêtements fins, de couleur claire, mouillés ou étirés offrent encore moins de protection.²²
« Les vêtements à indice UPF sont seulement pour les personnes à la peau claire. »
Faux. Même si les personnes à la peau claire présentent un risque plus élevé de mélanome, les rayons UV endommagent l’ADN chez les personnes de toutes les couleurs de peau. La mélanine présente dans les peaux plus foncées offre une protection équivalente à un FPS d’environ 4 à 6, ce qui est bien inférieur au niveau recommandé pour une exposition prolongée à l’extérieur. Les vêtements à indice UPF sont bénéfiques pour tous.⁵
« La protection contre les UV est seulement nécessaire en été. »
Faux. Les rayons UV sont présents toute l’année. La neige fraîche réfléchit près de 88 % des rayons UV, ce qui augmente considérablement l’exposition lors des activités à l’extérieur en hiver. L’exposition cumulative aux rayons UV, toutes saisons confondues, contribue au risque de mélanome.¹¹
Une solution vestimentaire face à un enjeu grandissant
L’essor des vêtements à indice FPS ou UPF constitue une avancée significative et fondée sur des données probantes dans la prévention du mélanome. Pour les Canadiens qui vivent dans un climat marqué par un soleil estival intense, la réverbération de la neige et un goût prononcé pour les activités en plein air, les vêtements protecteurs offrent une protection fiable, passive et constante qui complète – et, à certains égards, dépasse – celle que la crème solaire seule peut offrir.
Les données scientifiques sont sans équivoque : les tissus dotés d’un indice UPF bloquent davantage les rayons UV que les crèmes solaires utilisées aux doses recommandées, ne nécessitent aucune réapplication et, lorsqu’ils sont adoptés dès la petite enfance, peuvent contribuer de manière significative à prévenir l’apparition de nævus mélanocytaires et le risque de mélanome à long terme qui y est associé. Alors que le marché des vêtements UPF se développe et devient plus accessible, les Canadiens disposent désormais d’un nouvel outil puissant pour lutter contre l’un des cancers dont l’incidence augmente le plus rapidement et qui est pourtant l’un des plus évitables au pays.
Mélanome Canada encourage tous les Canadiens à intégrer les vêtements à indice UPF à leur routine de protection solaire, en complément d’une crème solaire à large spectre, de la recherche d’ombre et d’examens réguliers de la peau par un dermatologue qualifié.
Références
- Skinhealthhubs.com. (2026, mars). Canada warns of rising skin cancer risk as experts urge sunscreen use.Source : https://www.skinhealthhubs.com/archives/23135
- Melanoma Research Alliance. (s.d.). Sun protective UPF clothing.Source : https://www.curemelanoma.org/about-melanoma/prevention/covering-up-with-clothing
- Richer, V., et al. (2022). Population-based study detailing cutaneous melanoma incidence and mortality trends in Canada.Frontiers in Medicine. PMC8927870.
- Santé Canada. (s.d.). Cancer de la peau. Source : https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/securite-soleil/cancer-peau.html
- Canadian Skin Cancer Foundation. (s.d.). Skin cancer facts and statistics.Source : https://www.canadianskincancerfoundation.com/skin-cancer/
- Statistique Canada. (17 mai 2017).Health Reports: Sun exposure and melanoma skin cancer. The Daily. N ° de catalogue : 82-003-X.
- Richer, V., et al.(2022). Population-based study detailing cutaneous melanoma incidence and mortality trends in Canada. PMC8927870.
- Skin Cancer Foundation. (s.d.). Sun protective clothing.Source : https://www.skincancer.org/skin-cancer-prevention/sun-protection/sun-protective-clothing/
- Ou-Yang, H., et al.(2022). Slip versus slop: A head-to-head comparison of UV-protective clothing to sunscreen. Photodermatology, Photoimmunology & Photomedicine. PMC8833350.
- Olsen, C.M., et al. (2023). Sun-protective clothing worn regularly during early childhood reduces the number of new melanocytic nevi: The North Queensland Sun-Safe Clothing Cluster Randomized Controlled Trial.PMC10046807.
- Mélanome Canada. (s.d.). Sécurité au soleil. Source : https://melanomacanada.ca/fr/sun-safety/
- MD Anderson Cancer Center. (s.d.). 7 things to know about UPF, sun protection and clothing.Source : https://www.mdanderson.org


