Les manucures au gel font désormais partie intégrante de la culture de la beauté moderne. Appréciées pour leur fini brillant, leur durabilité et leur résistance aux écaillures, elles gagnent sans cesse en popularité. Cependant, leur popularité grandissante s’accompagne d’une multiplication des publications médicales consacrées aux risques qui leur sont associés. Les dermatologues constatent une augmentation des cas de lésions aux ongles, de réactions allergiques et de problèmes liés aux rayons UV associés aux manucures au gel, particulièrement lorsqu’elles sont réalisées à la maison ou que les techniques employées sont inadéquates. 

Voici ce que révèlent en réalité les études scientifiques évaluées par des pairs : 

Comment fonctionne le vernis au gel et en quoi diffère-t-il du vernis ordinaire? 

Contrairement au vernis à ongles classique, qui sèche au contact de l’air, le vernis au gel contient des composés chimiques spéciaux appelés (méth)acrylates qui durcissent sous l’effet des rayons UV ou de la lumière DEL. Ce processus, appelé photopolymérisation, crée une couche solide et durable qui confère aux manucures au gel leur grande résistance. 

Pour favoriser l’adhérence du gel à l’ongle, le processus d’application consiste souvent à polir légèrement la surface de l’ongle, à éliminer les huiles naturelles et l’humidité à l’aide de solvants, puis à appliquer des produits appelés apprêts. Bien que ces étapes contribuent à prolonger la tenue de la manucure, leur répétition peut, avec le temps, mettre les ongles et la peau qui les entoure à rude épreuve. 

Les manucures au gel peuvent-elles fragiliser les ongles? 

Réponse courte : Oui, c’est possible. Les manucures au gel n’endommagent pas nécessairement les ongles, mais des traitements répétés, une application inadéquate ou un retrait mal effectué peuvent les fragiliser avec le temps. 

Vos ongles sont constitués de kératine, la même protéine résistante que l’on retrouve dans les cheveux et dans la couche externe de la peau. La kératine forme la structure résistante qui protège vos ongles, mais elle peut tout de même être endommagée. 

  • L’abrasion mécanique causée par des polissages répétés, qui amincit l’ongle 
  • Le trempage dans une solution à base d’acétone lors du retrait, qui déshydrate l’ongle 
  • Un retrait trop agressif ou inadéquat, qui augmente le risque d’onycholyse (décollement de l’ongle du tissu sous-jacent) 

Une étude menée à l’aide d’un questionnaire auprès de 2 118 personnes utilisant des produits pour les ongles en gel a révélé que plus de 75 % d’entre elles avaient signalé des changements indésirables aux ongles après le retrait, soit une proportion nettement plus élevée que lors de l’application ou lorsque le gel était encore sur les ongles [1]. La bonne nouvelle : plusieurs études confirment que ces changements sont généralement réversibles lorsque l’on cesse temporairement d’utiliser des produits pour les ongles en gel [2]. 

Dermatite de contact allergique : un problème de plus en plus répandu 

L’un des principaux risques associés aux manucures au gel est une réaction allergique de la peau appelée dermatite de contact allergique (DCA). Cette réaction peut survenir lorsque le système immunitaire développe une sensibilité aux (méth)acrylates, des substances chimiques utilisées dans de nombreux produits pour les ongles en gel afin de favoriser leur durcissement et de prolonger leur tenue.  

Le principal responsable est le méthacrylate de 2-hydroxyéthyle (HEMA), qui a été officiellement intégré à la série européenne de tests épicutanés de référence en 2019, compte tenu de son importance clinique croissante. Dans le cadre d’une étude rétrospective menée pendant 8,5 ans au sein des centres médicaux universitaires d’Amsterdam, 97 % des patients ayant reçu un diagnostic de dermatite de contact allergique liée aux produits cosmétiques pour les ongles ont obtenu un résultat positif au HEMA [3]. Une autre étude de cohorte menée en Israël a révélé un taux de sensibilisation au HEMA de 8,1 % chez les patients ayant subi un test épicutané, soit la fréquence la plus élevée rapportée à ce jour. Cette sensibilisation était principalement attribuable à l’exposition aux produits cosmétiques pour les ongles chez les jeunes femmes [4]. 

La popularité croissante des trousses de manucure au gel à domicile a également contribué à mieux faire connaître les allergies associées à ce type de manucure. Les discussions en ligne, notamment autour du mot-clic #gelallergy sur TikTok, ont mis en lumière de nombreux témoignages de personnes ayant eu des réactions associées aux produits à base de gel.  

Lorsqu’une personne développe une allergie aux (méth)acrylates, elle peut aussi réagir à ces substances chimiques présentes dans d’autres produits, notamment certains matériaux dentaires et médicaux, comme les adhésifs, les implants et certains dispositifs médicaux. Cela signifie qu’une allergie causée par des produits pour les ongles en gel peut entraîner des conséquences à long terme qui vont bien au-delà des soins des ongles.  

Reconnaître la dermatite de contact allergique (DCA) causée par le vernis au gel 

  • Rougeurs, enflure ou démangeaisons autour des ongles 
  • Cloques au bout des doigts ou sur les mains 
  • Altération de l’ongle ou onycholyse (décollement de l’ongle du tissu sous-jacent) 
  • Eczéma sur le visage, le cou ou les paupières (causé par le contact des ongles avec la peau) 
  • Les symptômes peuvent également apparaître ailleurs que sur les mains si du produit en gel non durci entre accidentellement en contact avec d’autres parties du corps, comme le visage ou les yeux.  

Décollement de l’ongle et risque d’infection 

L’onycholyse, soit le décollement de l’ongle du tissu sous-jacent, crée un milieu chaud et humide propice à la prolifération des bactéries et des champignons. Les infections secondaires ne sont pas directement causées par le vernis au gel, mais l’altération de la barrière protectrice résultant de traumatismes répétés ou de l’exposition à des substances chimiques augmente le risque d’infection. Une revue des effets indésirables signalés en lien avec les produits cosmétiques pour les ongles a révélé que les complications courantes comprenaient la dermatite de contact allergique (allergie cutanée), l’onycholyse (décollement de l’ongle du tissu sous-jacent) et l’onychomycose (infection fongique de l’ongle) [6].  

Qu’en est-il des lampes UV utilisées pour le durcissement? 

Une question fréquente concernant les manucures au gel est de savoir si les lampes utilisées pour faire durcir le vernis exposent la peau aux rayons UV. Les lampes pour manucure au gel émettent principalement des rayons UVA, un type de rayonnement ultraviolet qui peut atteindre les couches plus profondes de la peau. Une exposition répétée aux rayons UVA est associée au vieillissement prématuré de la peau et à des modifications à long terme des cellules cutanées.  

Pour la plupart des gens, le risque lié à l’exposition aux UV lors d’une séance de manucure au gel semble faible, surtout en cas d’utilisation occasionnelle. Toutefois, un cas a été rapporté chez une patiente de 45 ans dont le système immunitaire était affaibli. Celle-ci a développé des carcinomes épidermoïdes (un type de cancer de la peau) sur le dos des mains après avoir reçu une manucure au gel chaque mois pendant 20 ans. Aucun lien direct avec les lampes utilisées pour les manucures au gel n’a été confirmé, mais ce cas souligne l’importance de se protéger des rayons UV, particulièrement chez les personnes immunodéprimées ou celles qui utilisent régulièrement ce type de lampe.  

Mesures pour réduire l’exposition aux lampes UV 

  1. Appliquer un écran solaire à large spectre avec un FPS de 30 ou plus sur le dos des mains 20 minutes avant l’exposition à la lampe. 
  1. Porter des gants sans doigts offrant une protection contre les UV pendant le durcissement du gel. 
  1. Limiter la fréquence des manucures au gel et prendre régulièrement des pauses entre les manucures. 

Les risques des manucures au gel à domicile 

Les trousses de manucure au gel à domicile ont considérablement accru les risques. Les professionnels des soins des ongles sont formés pour éviter tout contact entre la peau et le gel non durci et pour s’assurer que celui-ci durcit complètement. L’application à domicile comporte un risque plus élevé de durcissement incomplet, qui peut laisser des monomères réactifs sur la peau, ainsi que de débordement du gel sur la peau autour des ongles. Ces deux situations augmentent le risque de développer une allergie [6]. 

En résumé 

Les manucures au gel ne sont pas nocives en soi, mais elles comportent certains risques dont il faut être conscient, notamment en cas d’utilisation fréquente, d’application inadéquate ou de manucure réalisée à domicile. Le principal risque est de développer une allergie aux (méth)acrylates, les substances chimiques qui permettent aux produits à base de gel de durcir. Cette allergie peut provoquer une dermatite de contact allergique (une réaction cutanée accompagnée de démangeaisons) et entraîner des réactions à ces mêmes substances chimiques présentes dans d’autres produits, notamment certains matériaux médicaux et dentaires. L’exposition aux UV provenant des lampes utilisées pour faire durcir le gel est faible à chaque utilisation, mais les expositions répétées peuvent s’accumuler au fil du temps.  

Si vous remarquez des changements persistants au niveau des ongles, des rougeurs cutanées ou de nouvelles lésions sur les mains, consultez un dermatologue. Une évaluation précoce peut aider à prévenir les complications à long terme. 

 

À propos de l’auteur : Katya est étudiante en quatrième année du programme de médecine MDCM de l’Université McGill et poursuit une carrière en dermatologie par l’intermédiaire de CaRMS. Ses recherches portent notamment sur la dermatologie, le cancer de la peau, l’économie de la santé et la bioéthique. Elle est l’auteure de plus de 50 publications évaluées par des pairs. Elle collabore avec des dermatologues et des organismes de défense des patients partout au Canada et encadre des étudiants en médecine qui s’intéressent à la recherche. En dehors de la médecine, elle s’intéresse à la photographie argentique, au design graphique et au dessin au pastel.


Références 

[1] Putek J, et al. Side-effects associated with gel nail polish: A self-questionnaire study of 2,118 respondents. Acta Derm Venereol. 2020 ;100(18) :adv00325. 

[2] Litaiem N, Baklouti M, Zeglaoui F. Side effects of gel nail vish : A systematic review. Clin Dermatol. 2022 ;40(6) :706–713. 

[3] Steunebrink IM, de Groot A, Rustemeyer T. Contact allergy to acrylate-containing nail cosmetics: A retrospective 8-year study. Contact Dermatitis. 2024 ;90(3) :262–265. 

[4] Hilewitz D, et al. Pandemic of sensitivity to acrylate containing nail cosmetic among young Israeli women? Contact Dermatitis. 2024 ;91(6) :485–490. 

[5] Axler EN, Lipner SR. Unveiling an acrylate allergergy epidemic : Analysis of dermatologic findings associated with at-home gel nails on TikTok. J Cutan Med Surg. 2024. 

[6] Javaid K, et al. Dermatologic conditions associated with popular nail cosmetics : A systematic review. J Cosmet Dermatol. 2025 ;24(10) :e70519. 

[7] Rieder EA, Tosti A. Cosmetically induced disorders of the nail with update on contemporary nail manicures. J Clin Aesthet Dermatol. 2016 ;9(4) :39–44. 

[8] Gatica-Ortega ME, Pastor-Nieto MA, et al. Non-occupational ACD caused by long-lasting nail polish kits for home use. Contact Dermatitis. 2018 ;78(4) :261–265.